Les yourtes d’Asie centrale: quand l’architecture vivante devient patrimoine de l’humanité
Les savoirs et savoir-faire traditionnels liés à la fabrication des yourtes du Karakalpakstan, du Kazakhstan et du Kirghizistan viennent d’être inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de UNESCO.
Cette décision, prise lors de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, marque une reconnaissance majeure pour l’Asie centrale et ses traditions nomades millénaires.
Une reconnaissance collective et élargie: Si les traditions kazakhes et kirghizes de fabrication de la yourte figuraient déjà sur la liste depuis 2014, l’initiative récente de l’Ouzbékistan a permis d’élargir la nomination à la tradition karakalpake.
Cette démarche a transformé une reconnaissance nationale en une inscription véritablement régionale, mettant en lumière un patrimoine partagé, transmis au-delà des frontières modernes.
Une annonce à portée internationale: L’annonce officielle a été faite à New Delhi, en Inde, dans un contexte de forte concurrence internationale, avec 54 candidatures examinées lors de cette session.
Saida Mirziyoyeva, cheffe de l’Administration présidentielle de l’Ouzbékistan, a salué cette décision comme une reconnaissance profonde de l’identité culturelle des peuples concernés.
« Cette reconnaissance internationale confirme la profondeur de nos traditions, la force de notre héritage spirituel et le lien ininterrompu entre les générations », a-t-elle déclaré.
Elle a également rendu hommage aux artisans, chercheurs, gardiens de traditions et passionnés qui œuvrent depuis des décennies à la préservation de cet héritage vivant.
La yourte : bien plus qu’un habitat: Pour les Karakalpaks, les Kazakhs et les Kirghiz, la yourte n’est pas un simple logement nomade. Elle est un univers symbolique à part entière, reflétant la vision du monde, l’organisation sociale et la relation à la nature.
Sa forme circulaire, son ouverture centrale vers le ciel, l’agencement intérieur et les motifs décoratifs traduisent des valeurs fondamentales : harmonie, hospitalité, continuité et respect des ancêtres.
Un savoir transmis de génération en génération: L’inscription de l’UNESCO met l’accent sur le caractère immatériel de cet héritage : techniques artisanales, vocabulaire spécifique, rituels, gestes et transmission orale.
Les savoirs sont traditionnellement transmis du maître à l’élève, souvent au sein de la famille, dès le plus jeune âge. Cette transmission vivante garantit l’authenticité et la pérennité de la tradition.
En Ouzbékistan, ces savoirs figurent déjà sur la Liste nationale du patrimoine culturel immatériel, soulignant leur importance stratégique et culturelle.
Karakalpakstan sur la carte culturelle mondiale: Pour le Karakalpakstan, cette reconnaissance représente un moment historique. Elle offre une visibilité internationale à une culture souvent méconnue, tout en renforçant la fierté et l’identité locales.
Elle ouvre également de nouvelles perspectives en matière de tourisme culturel, de recherche académique et d’éducation patrimoniale.
La culture comme vecteur de coopération régionale: La nomination conjointe illustre une approche moderne du patrimoine : coopérative, inclusive et transnationale. Elle démontre que les traditions communes peuvent devenir un terrain de dialogue et de collaboration entre États.
Cette dynamique correspond pleinement à la philosophie de l’UNESCO, qui privilégie la sauvegarde collective du patrimoine vivant.
Tradition et modernité: À l’heure de la mondialisation, la reconnaissance des traditions liées à la yourte rappelle que le progrès n’implique pas l’abandon des racines culturelles.
Aujourd’hui, les yourtes connaissent un renouveau : festivals, tourisme durable, événements culturels et projets éducatifs leur donnent une nouvelle place dans la société contemporaine.
Une reconnaissance qui engage l’avenir: L’inscription sur la Liste représentative n’est pas une fin en soi. Elle implique une responsabilité partagée : soutenir les artisans, documenter les savoirs, sensibiliser les jeunes générations et intégrer le patrimoine dans le développement durable.
Ainsi, la yourte demeure ce qu’elle a toujours été : un espace vivant, porteur de mémoire, d’identité et de sens, inscrit désormais dans le patrimoine commun de l’humanité.
